27 novembre 2007

Ca progresse, doucement mais sûrement

Petite fierté personnelle : j'arrive maintenant à lire sans dictionnaire et sans trop de diffcultés la dernière page su Chaar LeMatkhil. C'est bien et nous sommes forts heureux pour toi me direz-vous, mais kézako ?

Le Chaar LeMatkhil ("Une entrée pour débuter") est un journal hebdomadaire, spécialement conçu pour les olim (nouveaux immigrants) et plus généralement pour tous les apprentis hébraïsants. Son avantage ? Il reprend les faits d'actualité de la semaine écoulée et les explique avec un vocabulaire relativement simple et surtout en utilisant les voyelles*.
La page 16 est censée contenir les articles les plus abordables. Et c'est un réel plaisir que de parvenir à comprendre en entier un papier sur le 34ème anniversaire de la mort de Ben-Gourion, un autre sur la visite de Kouchner au Proche-Orient, un troisième sur les prévisions météorologiques de cet hiver. Joies du langage...

Le corps du journal, notamment les pages culture (ohhhh), cuisine (miam) ainsi que les inévitables mots-croisés (euh....), m'est encore inaccessible.
Mais patience, viendra le jour où je serai capable de vous livrer sans faute la convoitée recette du strudel aux pommes ou de partager les profondeurs de la paracha ("morceau" de Torah) de la semaine. A bon entendeur...



* pour les non-initiés, je rappelle que l'hébreu courant se lit sans les voyelles, d'où la nécessité préalable de connaître le terme employé pour en percevoir le sens. On dit ainsi souvent que l'hébreu, à l'instar de l'arabe, est une langue visuelle, basée sur la mémoire de la forme des mots.

21 novembre 2007

Le mot du jour

http://img105.imageshack.us/img105/2798/orage5sz.jpg

מבול, Maboul. Qu'on peut traduire par "déluge".

Mot particulièrement adopté à la situation actuelle en Israël.

Situation météorologique bien sûr, avec des orages monstrueux - certainement pas tombés de la dernière pluie - et de frémissants coups de tonnerre.

Situation politique aussi - mais dans le sens français du terme. 5ème semaine de la grève des professeurs d'où la paralysie totale des universités, flou abscons autour du sommet d'Annapolis dont on ne connaît même pas la date, imbroglios et luttes de pouvoir incompréhensibles au sommet du gouvernement (du moins pour le regard extérieur qui est le mien).

A se demander si l'on ne va pas bientôt marcher sur la tête ici. A moins que le ciel ne soit prêt à tomber sur cette dernière...

23 septembre 2007

Vacance du blog



Fin de l'Oulpan d'été et gros break avant le début du premier semestre à l'université. Par conséquent, je suis revenu en France pour trois semaines, l'occasion de passer quelques moments avec la famille et de venir dire bonjour aux amis non-exilés (si, si il y en a quelques uns...)

Durant cette longue période, le blog ne sera pas alimenté. A moins d'aventures extraordinaires qui nécessiteraient des notes exceptionnelles... Qui sait ?

Je vous donne donc rendez-vous au 11 octobre (normalement), pour mon retour en Israël et je promets une activité plus fréquente.

A très bientôt,
Dany

19 septembre 2007

Manille à Tel-Aviv


Anecdote, qui se passe une nouvelle fois dans l'autobus.
(Dans ma philosophie urbaine, qui vaut ce qu'elle vaut, les transports en commun devraient d'ailleurs être LES objets sociologiques de référence, lieux de rencontres, de mélange, et d'observation par excellence)

Je me trouvais donc dans le bus mispar esrim vékhamech ("numéro 25", pour les néophytes) et m'apprêtais à entamer la lecture du Herald Tribune et du Haaretz pour me tenir au courant de ce qui se passe dans notre petit monde. Mais je remarque que ma voisine regarde avec insistance la couverture du quotidien israélien. Je lui propose de lui prêter le journal mais elle me remercie en m'expliquant qu'elle voulait seulement se tenir au courant de ce qui se passait dans son pays d'origine.

Intrigué, je me décide à jeter un œil à cette première page. Je lis : "Nine Israelis missing, feared dead after Thai plane crash". J'en déduis (avec une grande perspicacité...) que la personne me faisant face est thaïlandaise.

Pourquoi cette historiette ? Sans doute parce que le fait de croiser autant d'Asiatiques en Israël m'avait pas mal surpris dans les premiers jours.

Il y aurait ainsi près de 30.000 Philippins (la principale communauté asiatique) qui ont immigré sur le territoire, de façon légale ou clandestine. Si des permis de travail d'une ou plusieurs années sont régulièrement délivrés par les autorités israéliennes, un certain nombre d'Asiatiques sont venus avec un simple visa touriste, avec l'espoir de pouvoir rester sur le territoire en y trouvant quelque activité rémunérée. Sur place, beaucoup travaillent ainsi dans l'assistance aux personnes âgées, les accompagnant pour une promenade, les aidant à traverser les rues, ou faisant les courses avec eux au supermarché. L'argent qu'ils parviennent à épargner est envoyé à leurs familles restées en Asie, afin de leur permettre de mieux subsiter.

Malgré les difficultés économiques qu'ils rencontrent, et parfois les discriminations qu'ils subissent, l'immense majorité des travailleurs asiatiques souhaite visiblement rester en Israël, d'abord parce que, même s'ils ne vivent pas le paradis, leurs conditions sont nettement supérieures à celles de leurs pays d'origine; mais aussi, tout du moins en ce qui concerne les Philippins (qui sont principalement chrétiens), pour des raisons religieuses.

On m'avait également expliqué il y a quelques semaines que leur nombre avait fortement augmenté après le début de la première Intifada, au moment même où les déplacements des travailleurs Palestiniens ont commencé à être restreints et que depuis, les flux de migrants étaient continus.

Avec tout ça, je me dis parfois, que malgré tous ses problèmes et ses tragédies, Israël est quand même un pays assez extraordinaire, et qu'une telle diversité sur un territoire aussi minuscule est un atout immense.

Quelques liens pour compléter cet article:
http://www.un-echo-israel.net/article.php3?id_article=2558 (scènes de vie de la communauté asiatique en Israël)
http://www.kewego.fr/video/iLyROoaftmnb.html (une "dream team" philippine)

11 septembre 2007

! שנה טובה ומתוקה לכולמ


Et voila. Tout recommence, pour la cinq-mille-sept-cent-soixante huitième fois. C'est étrange, ce Roch Hachana qui tombe mercredi, juste un jour après des commémorations du 11 septembre bien plus discrètes que les années précédentes. Et un jour avant le début du Ramadan.

Etrange aussi, cette sensation de traverser une ville-fantôme, le long des artères principales de Jérusalem, et de devoir marcher plus d'une demi-heure, sous les regards suspicieux des sharochim (littéralement les "hommes en noir", les Juifs orthodoxes), avant de trouver un sherout pour Tel-Aviv.
Changement d'atmosphère, changement de monde, une fois sur place, après moins d'une heure de trajet : si les autobus et la plupart des magasins ne fonctionnaient pas, on aurait bien du mal à deviner qu'il s'agit d'une période de hagim ("fêtes religieuses"), tant le mouvement perpétuel continue d'alimenter les battements de la ville. Une journée presque ordinaire...

Tout ça, pour souhaiter à mon tour aux (innombrables...) lecteurs de ce blog un grand Chana Tova et une année, à l'image de cette photo, pleine de miel et de lumière.

6 septembre 2007

Bagatz


L'image “http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c8/Beit_Mishpat_Elyon_min.JPG” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Durant le cours d'hébreu de ce matin, alors que nous lisions un texte, assez stupide - comme la majorité des textes pour débutants dans une langue étrangère- sur le zoo de Jérusalem (qui a la particularité de n'abriter en son sein que des animaux mentionnés dans la Bible), notre professeur en profite pour tester notre connaissance de la géographie de la Ville Sainte. Il nous demande quels bâtiments célèbres se situent à proximité du zoo. Les réponses fusent : la Knesset, le siège des principaux ministères, l'Université Hébraïque...

Puis, sûr de mon coup, je lance le mot Bagatz, persuadé qu'il s'agit du nom donné à la Cour Suprême israélienne. Là, le professeur me regarde, visiblement interloqué, puis il éclate de rire. Il m'explique (en anglais...) que l'expression correcte est Beit haMishpat ha'Elyon (בית המשפט העליון). Le Bagatz (abréviation de Beit Mishpat Gavoha Le'Zedek) représente quant à lui la fonction de Haute Cour de Justice que s'attribue l'instance, qui lui permet notamment de vérifier la constitutionnalité des lois et des décisions du gouvernement.

Le fait est, qu'actuellement, il y a un très sérieux débat national et de vives polémiques concernant la question de la délimitation de ce pouvoir de la Cour Suprême. Le ministre de la Justice en exercice, Daniel Friedmann, est en effet connu pour être un critique virulent de l'influence et de l'activisme juridique de la Cour, qui entrave selon lui l'action gouvernementale.

Il s'était ainsi montré très hostile à la désignation, il y a tout juste un an, de Dorit Benisch au poste de présidente de la Cour Suprême, en remplacement d'Aharon Barak, la jugeant tout simplement "incompétente". Friedmann a également manifesté à plusieurs reprises, sa volonté de modifier les procédures de nominations, dont celle du représentant des juges au sein de la commission qui désigne le successeur au procureur de l'Etat, procédure qui est actuellement sous la responsabilité de Dorit Benisch.

La Cour Suprême ne l'entend évidemment pas de cette oreille et continue d'émettre ses avis sur les décisions litigieuses prises par le gouvernement, concernant notamment le tracé de la barrière de séparation, les droits des couples homosexuels et lesbiens (important débat en ce moment autour de la loi sur l'héritage), ainsi que sur de nombreuses autres questions sujettes à controverse.

4 septembre 2007

" Comment peut-on être Français? "

Ce midi, déjeunant avec des amis au sein de l'université, notre voisin de table, nous ayant probablement entendu parler anglais, engage la discussion. Lorsque je lui dis que je suis Français, il me regarde d'un air amusé et m'apprend qu'il l'est également, par ses parents d'origine marocaine, bien qu'il n'ait lui-même jamais mis les pieds dans le pays de Voltaire.

Puis, presque immédiatement, cette question : "So, what about antisemitism in your country ? Do you feel insecure? "

Je ne suis pas surpris par la rapidité avec laquelle la phrase a surgi dans le dialogue, car ce n'est pas la première fois que je vis ce genre de scène. Et à force, j'en viens à m'interroger sur ce qui a pu rendre l'image de la France si déplorable, aux yeux d'un certain nombre d'Israéliens.
Une myriade d'images me viennent alors en tête, éparses, désordonnées : les incendies de synagogues après l'éclatement de la seconde Intifada, l'appel d'Ariel Sharon aux Juifs français en 2004, la torture et le meurtre sauvage d'Ilan Halimi, les croix gammées dans les cimetières, mais aussi, sans doute, une tendance générale à l'exagération dans la presse et la société israéliennes.

J'essaie de lui répondre, sans trop savoir si je le convaincs. Je lui dis que certes, la violence antisémite existe bel et bien en France, même si j'ai eu la chance de ne jamais y être personnellement confronté. Mais j'ajoute aussitôt que les Juifs, à l'instar des autres citoyens, sont protégés par le gouvernement, qui prend très au sérieux la lutte contre l'antisémitisme dans son action.
Je lui explique encore, qu'à mon échelle, l'antisémitisme se perçoit avant tout au travers de remarques, de petites phrases blessantes, de réflexions très déplacées. Mais qu'il en va tout autrement dans d'autres quartiers, moins "privilégiés" que celui où j'habite.
Et qu'en définitive, c'est une question bien difficile à trancher. Je termine, face à ses yeux interrogateurs, en lui affirmant qu'il est, selon moi, tout à fait possible de se sentir pleinement Juif, en aimant profondément son pays ... et en admirant grandement Israël.

2 septembre 2007

Dimanche, pas Yom Rishon...

Aujourd'hui, passage par le tout nouvel Institut Français de Tel Aviv (qui a très précisément ouvert ses portes le 21 juin dernier), situé au croisement de la rehov Rotschild et de la rehov Herzl, et dont on m'a dit le plus grand bien.
Petit détail qui m'avait échappé : si dimanche est le premier jour de la semaine en Israël (yom rishon), il reste bel et bien chômé sur le territoire français, même en pays étranger. Je retournerai donc demain.

En attendant, j'ai pu prendre quelques clichés des tags un peu particuliers qui décorent les murs extérieurs du bâtiment.
Si j'y ai reconnu trois de nos "gloires nationales" (j'ai nommé Rimbaud et les Gainsbourg, père et fille), je dois avouer que ce fameux "Benjamin" - qui, paraît-il, restera " forever" dans nos coeurs - m'intrigue quelque peu. Il se peut qu'il s'agisse du chanteur Benjamin Biolay. J'ai en effet de vagues réminiscences mais je suis loin d'être sûr, connaissant fort peu l'artiste.

D'autres hypothèses ?
(Pour ceux que cet insoutenable suspense empêcherait de fermer les paupières, je pense être en mesure de leur apporter une réponse convaincante dans moins de vingt-quatre heures. Patience...)












25 août 2007

Latet... et le coeur

Ils n'ont tenu que quelques jours, mais l'effet recherché a sans doute été atteint. Telle une armée d'ombres faméliques, le dos courbé par l'humidité, des milliers de personnages en carton (voir photos) ont massivement investi la vaste place Rabin, pendant presque une semaine. Au dos de chacun de ces mannequins, tout comme sur l'immense panneau installé au milieu de la place, figurait l'inscription "un million de personnes meurt de faim en silence", comme le rappel d'une vérité douloureuse assénée aux passants et aux touristes.



L'initiative est le fait de Latet ("donner" en hébreu), une ONG créée en 1996, dont l'objectif est d'alerter la société face au problème - méconnu, mésestimé et délaissé - de la pauvreté en Israël. Chaque année, une campagne "choc" est ainsi organisée, grâce à laquelle chacun peut prendre connaissance des projets et des actions de l'association, et offrir un repas à une famille dans le besoin, grâce à des numéros de téléphone spécialement prévus à cet effet.


Gilles Darmon, le fondateur de Latet, relate l'idée qui a aboutie à la naissance de l'ONG. Prenant acte de l'absence d'aide étatique envers les plus nécessiteux, lui et les initiateurs du projet ont vite compris l'importance de mettre en place en Israël, des structures et des réseaux solides, s'appuyant sur un élan citoyen, et qui permettraient à une organisation indépendante d'être la moins soumise possible aux aléas économiques et au bon-vouloir des différents gouvernements.
"Pour transmettre les valeurs humanitaires d'aujourd'hui, basées essentiellement sur le long terme et sur une forte capacité de projection dans l'avenir, il fallait qu'émerge en Israël une réelle société civile". Pour ce faire, Equilibre-France, devenue entre temps Latet, va directement s'inspirer du modèle humanitaire français, dont la marque de fabrique est, entre autres, la présence et l'activisme à l'international. Aider, sans se soucier des frontières, des origines, des religions des victimes : tel va devenir le credo de Latet. C'est ainsi qu'en 1999, l'ONG s'associe à l'organisation d'un concert géant en faveur des réfugiés du Kosovo, qui rassemble près de 30.000 personnes, sur cette même place Rabin. Une première historique en Israël.
L'originalité, le bouleversement des habitudes jouent par la suite en faveur de Latet, qui se développe et peut aujourd'hui se targuer - avec quelques 3.500 tonnes de nourriture distribuée en 2006, 150,5 millions de shkalim récoltés, et une présence dans plus de 60 localités - de faire partie des organisations qui comptent dans le pays.





Où en est-on actuellement ? Le discours bien rôdé, Gilles Darmon avance quelques chiffres, pour le moins alarmants : plus de 20% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, soit 1,4 millions de personnes, dont 750.000 enfants, une personne âgée sur quatre... Ce qui fait d'Israël un des pays les plus pauvres de l'OCDE. Les couches sociales et religieuses les plus touchées font, sans surprise, partie des catégories les plus vulnérables de la population : Juifs orthodoxes, Arabes israéliens, olim hadachim (nouveaux immigrants), falachas, familles monoparentales, travailleurs pauvres...
Et le gouvernement ne fait rien pour prendre ce problème à bras le corps. Pour preuve : malgré une croissance forte (environ 6,5%), la redistribution reste extrêmement marginale et l'écart de revenus entre plus riches et plus pauvres ne cesse de croître.
"Le gouvernement s'est totalement désengagé de la question sociale. Nous souhaitons, par nos actions, le mettre devant ses propres responsabilités ", explique Gilles Darmon. A commencer par la publication annuelle, par Latet, d'un rapport alternatif sur la pauvreté, dont le diagnostic diffère fortement des chiffres officiels, et qui est cité comme référence par des instances telles que la Banque d'Israël et le Bureau Central de la Statistique. Récemment, l'ONG a également déposé un recours devant la Cour Suprême, afin d'obliger l'État à rentrer dans le circuit de la distribution alimentaire.

(Gilles Darmon)

Malgré les disparités croissantes et la montée des tensions sociales, le travail accompli par Latet est colossal. Un travail quotidien qui empêche le "cinquième invisible" de la population israélienne de sombrer dans l'oubli et dans l'indifférence.



PS : le 8 novembre, Latet participera à une conférence sur l'apport de l'immigration française sur l'action sociale en Israël. Plus d'infos dans les prochains posts.

21 août 2007

Vu du balcon

D'un côté la mer, de l'autre la métropole.